Finalement les choses se passent rarement comme on l’envisage.
Et de mon côté c’est plutôt
jamais.
Serai-je une bipolaire qui
s’ignorait jusqu’à maintenant ?
Je ne sais plus trop.
Croire que la fin de la
galère financière sonnerait la fin des jours difficiles était un leurre.
Peut-être qu’on ne se remet pas aussi vite que ça de dix ans de souffrance. J’y ai cru pourtant.
Quelques semaines. Mais la trahison de mon fils, en novembre, m’a laissée comme
assommée. Se faire voler par son enfant est comme recevoir un uppercut et
rester sonné sur le ring. Je suis restée debout tout de même. Tenter de garder
le lien avec ce fils que je ne comprends plus m’épuise. Voir la gazelle
travailler sans relâche mais galérer elle aussi financièrement, être là quand
elle appelle et qu’elle a besoin, me mine. Et voir la lutine, elle aussi avoir
sabordé son année scolaire, et se retrouver elle aussi sur le carreau et avec
une orientation qui ne se décidera que fin Août, me donne le tournis.
Depuis quelque temps mon
corps me parle. Il montre que lui aussi il pâtit de tous ces soucis. Les envies
me quittent. C’est comme si je ne me voyais plus d’avenir radieux. Mes nuits si
longues et pleines de rêves fous, deviennent courtes et sans aucun souvenir de
mes rêves. Le petit matin arrive pour moi à 5 heures, et jusqu’au lever les
pensées s’entrechoquent en moi. Sur le dos, sur le ventre, sur le côté droit,
sur le côté gauche, rien ne change, les soucis sont là quelle que soit la
position. L’angoisse vient par énormes bouffées en moi, elle se diffuse.
Violement. Sortir du lit et commencer la journée de travail me délivre. Même si
dans la journée les bouffées reviennent, elles sont plus rares et le travail
fait diversion. Parfois je vais m’enfermer dans les toilettes, respirer sophro
pour évacuer les tensions. Ca fait un peu de bien.
Plus de rêves, plus de
larmes, plus de désirs, d’envies. Même plus celle de manger. Juste avaler ce
qui traîne dans le frigo. Vite. Vider sa tête devant un film idiot, jouer à des
conneries sur l’ordi, puis s’endormir à nouveau. Sans difficulté là, à cause de
la fatigue.
Parfois, se raccrocher à de
petites joies, les envisager somme des bouées qui sauveront de la noyade.
Se dire que tout ça et
normal, que revivre n’est pas si facile…
Puis un jour, accepter que
c’est ça la déprime, la dépression, qu’elle est là.
Et que personne n’aurait
l’idée de marcher sans plâtre ni béquille avec une jambe cassée. Alors pourquoi
essayer vainement d’avancer encore et encore en puisant dans les forces de son
corps, et refuser l’aide de l’autre béquille. Le médicament. Même si on n’en a
pas envie du tout.
Ces quelques derniers jours,
c’est un emmerde finalement pas si grave qui m’a donné le coup de grâce mais
aussi décidée à faire quelque chose.
En allant chercher ma voiture
en révision, j’ai appris qu’elle était quasiment foutue alors que je l’ai
achetée il y a moins d’un an. Incapable de réfléchir, je ne voyais même plus
d’idée de solution à trouver. Comme un coup de grâce, comme un souci
supplémentaire, j’ai encaissé encore une fois la nouvelle. Mon corps aussi.
Tendu à se rompre. Vrillée dans mon estomac, serrée dans mon sternum, étouffée
dans ma gorge, j’entendais plus que je n’écoutais les conversations des amis
venus me soutenir de tout leur amour. Parfois quelques secondes un répit venait et je pouvais rire ou sourire, mais même mon
visage avait mal.
Alors j’ai accepté que je ne
m’en sortirai pas seule et avec mes propres forces.
Je n’aime pas cette idée de n’avoir
pas réussi seule. Il me faut toutefois l’accepter.
Depuis lundi, me voilà à
nouveau avec les petites pillules sur ma table de nuit, que je prends par
moitié, et sans plaisir. Mais mon corps se détend de nouveau. J’arrive à penser
et ne me focalise plus sur les problèmes en boucle. Je ne me réveille plus à 5
heures mais à 7.
En vacances pour un mois, je
vais essayer de retrouver un peu de repos de l’esprit et du corps aussi. La
semaine prochaine j’irai respirer l’air de l’océan des pins du sable chaud.
Pour mieux revenir. Et voir
la vie, écouter plutôt qu’entendre, et avoir des envies à nouveau.